| Résumé |
LA DEDICACE DU TRADUCTEUR : Dans cette traduction révisée, j'ai insisté pour que l'on reprenne le titre donné par l'auteur en 1939 et changé alors par l'éditeur. Cela empêchait que l'on perçoive bien le dessein de Faulkner dans le plus audacieusement expérimental de ses romans - constitué de deux histoires alternant régulièrement, "Les palmiers sauvages" et "Vieux Père", racontant respectivement la vie tragique, insupportablement douloureuse, des amants Harry Wilbourne et Charlotte Rittenmeyer en 1937-1938, et les aventures héroï-comiques d'un forçat, d'une femme anonyme et d'un enfant sur le Mississippi pendant la fantastique crue de 1927. Le titre, tiré du Psaume CXXXVII, qui chante le désir de liberté des Hébreux pendant leur captivité à Babylone, renvoie ironiquement à la répudiation de la liberté pour la sécurité du pénitencier où s'achèvent les parcours de Harry et du forçat. Les deux récits dessinent entre eux une manière de contrepoint, selon Faulkner lui-même, et ne font sens que dans leur perspective réciproque. Le thème de l' "oubli" de la liberté est ainsi central dans ce roman à l'écriture somptueuse, où j'ai tenté, en revenant au rythme et à la ponctuation originels, de restituer au texte la puissance mississipienne de son flot rhétorique et son pouvoir de séduction. (François Pitavy) La femme cessa de pagayer, le canot dériva en perdant de la vitesse tandis qu'elle regardait tout autour d'elle. "Nous en voilà sortis", dit-elle. Le forçat leva la tête et regarda aussi autour de lui. "Sortis d'où ? - Je pensais que peut-être vous sauriez. - Je sais même pas où que j'étais avant. Même que je saurais où se trouve le nord, je saurais même pas si c'est là que je veux aller." Il prit de l'eau dans sa main et la porta à son visage, puis abaissa la main et regarda les traînées cramoisies sur sa paume, sans avoir l'air ni abattu ni inquiet, mais plutôt avec une sorte d'étonnement sardonique et mauvais. La femme observait sa nuque. "Il faut absolument qu'on arrive quelque part." Dans Si je t'oublie, Jérusalem deux récits s'entrecroisent : Les palmiers sauvages raconte le destin tragique de deux amants, un médecin et une femme mariée, et Vieux Père le combat déséquilibré d'un détenu contre la grande crue du Mississippi de 1927. Le thème de la captivité, littérale et métaphorique, - suggéré par le titre - est au coeur de ce roman. C'est le roman de Faulkner où la souffrance atteint peut-être sa plus grande intensité : l'histoire tragique des deux amants est l'une de plus douloureuses qu'il ait écrites, et la mort de Charlotte Rittenmeyer, "le personnage féminin le plus déchirant de Faulkner", devient un récit poignant. Le titre est tiré d'un psaume qui rappelle la captivité des Juifs à Babylone. Ce thème de la captivité, de la privation de liberté, littéral ou métaphorique, est central dans le roman. |