| Résumé |
La Porte est une confession. Magda Szabó retrace sa relation avec Emerence (prénom à consonance princière en hongrois) Szeredás, originaire de la même province quelle, qui fut sa femme de ménage pendant une vingtaine d'années. Sa compatriote mais aussi son contraire : l'une est vieille, l'autre jeune, l'une sait à peine lire, l'autre ne « respire » que par les mots, l'une arbore l'humilité comme un blason, l'autre l'orgueil de l'intellectuelle cultivée. Et pourtant la vieille servante va tout apprendre à l'écrivain adulé, car elle est bonne, fondamentalement généreuse ; dès qu'il s'agit de sauver une vie, que ce soit celle d'un Juif, d'un Allemand, d'un voleur ou d'un chaton abandonné, Emerence ne réfléchit pas une seule seconde. La narratrice fait le portrait haut en couleurs de ce personnage lumineux au caractère difficile et singulier, qui agit en véritable despote sur son entourage et qui refuse à quiconque l'accès à son domicile. " "Il faut savoir tuer qui on aime, dit la vieille femme, c'est plus humain que laisser souffrir." Par moments le livre retrouve, naturellement, la réflexion antique de la quête du sens, ou du grotesque shakespearien. C'est aussi qu'Emerence a je ne sais quoi des figures de la tragédie antique, capable d'engueuler les dieux et de ramasser dans la poussière les viscères des morts. Ou de parler le langage des oiseaux et des chiens. Qu'est-ce donc qu'un personnage, sinon un masque que l'art emprunte pour parler de ce que nous n'apprendrons jamais. à savoir du bonheur de vivre et de la sagesse de mourir ? Bref, un livre original, superbe, émouvant. Excellemment traduit. " Claude Michel Cluny, Le Figaro. |